The Smoky God

or

A Voyage to the Inner World

par

Willis George Emerson

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Traduction proposée, illustrée, annotée et commentée par

Franck L. Perle

 

LE DIEU FUMANT

ou

Un Voyage dans

le Monde Intérieur


Partie 1

Avant-propos de l’auteur


Je crains que l’histoire que je m’apprête à communiquer, si invraisemblable en apparence, soit de fait à sa réception perçue comme le fruit d’un esprit perturbé et influencé, possiblement plus d’ailleurs, par le charme que produit la révélation d’un mystère merveilleux que par la crédibilité du manuscrit qui relate les expériences hors norme vécues par Olaf Jansen, dont la folie diserte a tant captivé mon imagination qu’elle a pu, tout de bon, dissiper chez moi tout esprit critique.

Marco Polo se retournerait sans doute dans sa tombe en entendant la fabuleuse histoire que je vais vous partager ; une histoire aussi étrange qu’un conte du Baron de Münchhausen. Tout aussi étrange est le fait que moi, un irréligieux, soit choisi pour publier l’histoire d’Olaf Jansen, dont le nom est maintenant révélé au monde pour la première fois, et qui sera probablement bientôt porté au panthéon des hommes illustres.

Je confesse volontiers que ces déclarations défient une analyse rationnelle, mais elles ont trait au profond mystère entourant le Nord gelé qui cristallise l’attention des hommes de science et des explorateurs depuis des siècles.

Peu importe à quel point elles peuvent être en contradiction avec les anciens manuscrits cosmographiques, ces déclarations, claires, doivent être considérées purement et simplement comme le recueil de choses qu’Olaf Jansen affirme avoir vues de ses propres yeux.

Par cent fois je me suis demandé s’il était possible que la géographie du monde soit incomplète, et que les surprenantes déclarations d’Olaf Jansen pussent être fondées sur des faits démontrables. Le lecteur pourra répondre lui-même à ces questions à sa propre satisfaction, pour aussi loin que le rapporteur se soit lui-même forgé une conviction. Moi-même en effet, parfois encore, je n’arrive pas à savoir si je me suis laissé éloigner d’une vérité abstraite par les feux follets d’une superstition inconsciente, ou si les faits que j’ai acceptés jusqu’ici comme vrais sont, finalement, fondés sur la fausseté.

Il est possible que le véritable foyer d’Apollon n’ai pas été à Delphes, mais dans ce très ancien centre du monde dont parle Platon, lorsqu’il dit :

« La vraie demeure d’Apollon est parmi les Hyperboréens, dans un endroit où foisonne la Vie, et où la mythologie nous révèle que deux colombes en provenance des deux extrémités du monde se rencontrèrent dans cette merveilleuse région qu’est la demeure du dieu du soleil. En effet, selon Hécate de Millet, Léto, la mère d’Apollon, serait née sur une île de l’Océan Arctique, loin au-delà du Vent du Nord. »

Mon intention n’est absolument pas d’entamer une discussion sur la théogonie de ces dieux ou la cosmogonie de la Terre. Mon simple devoir est d’éclairer le monde sur une partie jusqu’ici inconnue de la planète, telle qu’elle a été vue et décrite par le vieux norvégien Olaf Jansen.

L’intérêt de la recherche scientifique dans le Grand Nord est international. Onze nations y sont déjà engagées, ou ont d’ores et déjà participé à cette périlleuse entreprise de tenter de résoudre un des plus anciens mystères cosmologiques de la Terre.

Il existe un proverbe, aussi ancien que les montagnes, qui dit que « la réalité dépasse la fiction », et c’est de la manière la plus spectaculairement inattendue que ce dicton s’est incarné devant ma porte, il y a une quinzaine de jours. Il était à peine deux heures du matin lorsque je fus tiré de mon profond sommeil par le tintamarre de la sonnette à ma porte d’entrée. Ce perturbateur, bien trop matinal, était porteur d’une note, griffonnée d’une écriture à peine lisible, de la part d’un vieux norvégien nommé Olaf Jansen. Après un déchiffrage malaisé, j’en découvris le très simple contenu : « Je suis malade et me meurs, venez vite. » L’appel était impératif, et je n’attendis pas pour obéir.

Peut-être est-il pertinent ici de digresser un instant et revenir quelques temps en arrière pour préciser les choses suivantes : Olaf Jansen, qui venait récemment de fêter son quatre-vingt-quinzième anniversaire, vivait seul depuis une demi-douzaine d’années dans son modeste bungalow à la sortie de Glendale, non loin du quartier d’affaires de Los Angeles, en Californie.

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